Et maintenant ?

Des mots sur des images, des images sur des mots, des fragments de présent, des morceaux de maintenant…


21mar

Souterrain

J’aime regarder.
Oui.
J’aime regarder les gens dans les transports en commun.
Lorsque mon trajet est long et que j’ai la chance de me trouver une petite place pour m’assoir, que je sais que j’en ai pour de longues stations, je dévore mon bouquin du moment (le livre de poche est presque mon meilleur ami dans ce cas). Par contre, lorsqu’il est court ou composé d’un, voire de plusieurs changements, mon programme est tout autre : les écouteurs vissés sur mes oreilles et les yeux pire que grands ouverts, je regarde, je regarde tout ! Et tout… m’inspire. Et tout se mélange : les musiques que je découvre et les détails que j’observe. J’aime regarder les mains des gens, leurs doigts, leurs bijoux, j’aime voir s’il porte un anneau à l’annulaire gauche et, si c’est le cas, les imaginer en robe blanche ou costume chic. Je m’invente leur moitié, me raconte leur histoire et le temps passe plus vite… Je me demande aussi si le nez et les oreilles continuent de grandir, je mène mon enquête dans les souterrains parisiens. J’observe les visages, décrypte les expressions, les fronts plissés, les sourires à l’envers, les mines contrariées ou les teints détendus. Je me demande souvent quelle tête je fais moi, dans le métro, quelle tête elle a ma tête quand je suis seule et que je ne dis rien ? C’est surtout les bouches qui m’intéressent, la forme que prennent les lèvres lorsqu’elles sont immobiles. Les années passent et les figures s’ancrent peu à peu, se figent… Que peut-on lire sur un visage ? Si son propriétaire a un air doux, aimable ou austère, est-ce vraiment le cas ou est-ce juste parce que le temps l’a fixé ainsi quand il ne bouge pas, quand il est « au repos » ? Lorsque mon regard croise des commissures serrées, ou des qui tombent tristement, je souris en grand, je souris fort, je souris presque bruyamment, me cherche dans le reflet d’une vitre car voilà… je ne veux pas qu’on voit les soucis sur mon front ou mes lèvres de pinçon pincées. Je ne veux pas qu’ils restent, qu’ils se voient à l’oeil nu et je veux les chasser à grands coups de fossettes. Et si quelqu’un comme moi, un « scruteur » du métro, tombe nez à nez avec le mien, je veux qu’il ne voit que ma joie, mes espoirs, le reste m’appartient.

18fév

Mais heureusement.

Il y a des périodes comme ça où l’on se sent lutter, où l’on ne cesse de se débattre, où des tas de petites choses se transforment en montagnes impossible à gravir, où l’on attend, on tourne en rond, comme un tigre dans une cage aux barreaux de fumée, on bat des mains, on bat des bras, fort, fort, pour ne pas boire la tasse mais…

Mais heureusement, dans ces moments, il y a ces petits détails qui m’accrochent, ces toute petites petits choses minuscules qui m’étirent un sourire. Juste quelques fractions de seconde et puis, le monde, le vrai, à nouveau… mais là, suspendu, le temps s’arrête un peu et soudain tout est bien. C’est la carte du monde que l’on gratte en attendant le prochain pays à découvrir, le space invader caché dans un recoin, les mots d’espoir qui habillent le métro, la petite fille aux yeux brillants dans la salle d’attente du médecin. C’est danser tard et se rendre compte qu’on connaît encore ces vielles chansons par coeur, c’est décider que finalement on peut manger des céréales au dîner, c’est laisser la fièvre gagner juste quelques heures pour avoir une bonne excuse pour ne pas bouger. C’est surprendre un morceau de conversation d’une bande d’adolescentes qui sortent du lycée et c’est se laisser surprendre par un fou rire à en pleurer. C’est découvrir un nouveau petit mot qui dit que je dois continuer. C’est y croire un instant, tenter de ne pas l’oublier…

Je veux ouvrir mes yeux en grand, sourire encore aux petites choses, aux miracles furtifs, aux tous petits bonheurs, les brefs, les instantanés. Je veux ouvrir des parenthèses dorées dans mes attentes trop longues, dans mes doutes bleutés… Heureusement.

19jan

3 jours de coton

Cette semaine, j’ai écrit.

J’ai écrit des chansons sous un ciel de coton. Enfermée dans un cocon, un nid-maison, le plaid remonté jusqu’à la taille, l’ordinateur sur les genoux, les carnets qui trainent partout, les pages tournées et retournées à la recherche d’une phrase griffonnée il y a quelques jours, quelques mois, quelques années… Le fauteuil déplacé là, sous le velux, exprès, pile dans le coin, pour pouvoir lever la tête et voir le bleu, et puis les branches les plus hautes du bouleau qui se reflètent dans l’écran… Chercher jusqu’à ne plus savoir, jusqu’à être étourdie. S’enfoncer dans la douce chaleur du radiateur derrière mon dos, et puis toujours les nuées là au-dessus, qui bougent. Tableau mouvant.

Hier il a neigé, coton sur le jardin, blanc immaculé. Ouvrir les volets du petit déjeuner et ne pas savoir si l’on va pouvoir s’arrêter de la regarder tomber. Comme hypnotisée. Entre-ouvrir la baie vitrée pour pouvoir l’effleurer, la toucher juste du bout du doigt. Sentir son froid brûlant. Écrire encore, écrire dessus puis remonter l’escalier et écrire dessus. Encore. Reprendre la chansons sur l’hiver écrite la veille, sourire à ses vertus prémonitoires, la regarder d’un autre oeil après ça. Un oeil amusé. Et puis se demander comment continuer. Mettre la neige derrière, regarder dans la direction opposée pour tenter de rompre le charme, se re-concentrer. Et écrire la chansons sur les clés, celle qui traîne au fond d’une poche de mon cerveau depuis tant et tant de temps.

Tout refermer. Ordi, cahiers, volets, gilet, paupières, idées… Puis revoir. Revoir le coton. Les yeux fermés. Blanc jusqu’au bout des cils, battements doux et givrés. Relire une dernière fois dans ma tête toutes les phrases couchées. Et sombrer enfin dans un sommeil profond et… ouaté.

02jan

2013 sur la pointe des pieds

Marcher sur des oeufs, sentir que tout autour est fragile, le regard à l’affut, aux aguets, guettant chaque craquement de carapace, chaque ligne dessinée sur mon front qui dit tout ce qui se passe derrière… derrière ma tête, à l’intérieur, comme ça tourne. Vaciller et tenter pourtant de garder l’équilibre. Sur la pointe des pieds, avancer, sur le qui-vive. Tenir. Tenir bon. Raccompagner les doutes vers la sortie, les laisser en 2012, chasser les appréhensions du revers de la main, les empêcher de gagner du terrain. Et puis imaginer un beau port vénitien au-dedans où les barques aux pensées noires n’auraient pas le droit d’accoster. Planter le panneau « vous n’êtes plus les bienvenues, du balai ! ». Tendre l’oreille, marcher à pas feutrés, à pas tout doux, ne pas troubler la tranquillité qui ne tient qu’à un fil, qui ne tient à rien, qui ne tient qu’à moi, m’écouter. Laisser les chaînes et les semelles de plombs. Déchausser. Pieds nus. Sur la pointe. Et accueillir 2013 pleine d’espoir, et les plumes, et le coeur léger. Relire les promesses qui disent que cette année « elle sera grande pour [moi], elle sera belle, je le sais ». Penser aux résolutions enfermées dans un carnet.

2013 est à nous.

À  N O U S.

09déc

Être une ombre

Être une ombre, pas encore tout à fait soi-même, décalée… vivre à un autre rythme, entre deux fuseaux horaires, un peu perdue là au milieu. Se surprendre à dormir tard quand on a l’habitude du petit matin et des enfants sur le chemin de l’école par la fenêtre, ne plus avoir sommeil lorsque la nuit est noire et que les heures défilent, déboussolée. Paumée. Au milieu.

Rapporter là au creux, des histoires de là-bas, de vent qui souffle et de « mains forêt boréale », les garder au dedans en attendant le bon moment pour les faire sortir, les laisser mûrir à l’intérieur, grandir, remuer… Patienter. Et se retrouver.

29nov

L’autre bout du monde

Partir pendant la période du presque hiver à l’autre bout de la Terre, dans un pays réputé pour ses tapis gelés et blancs et ses températures polaires, c’est au fond espérer en secret graver quelques pas dans la neige (pas beaucoup, juste un peu).

Les jours passent et, peu à peu, on s’habitue au souffle qui fume, on détend ses épaules malgré les salves de froid qui piquent, on s’achète des petits riens en laine pour protéger ses oreilles et ses mains, et les enfiler devient à chaque fois une source de réconfort qui étire le sourire très grand et très fort (oui je fais une déclaration d’amour à mes moufles !).

C’est ouvrir les yeux sur une autre lumière, sur d’autres rues. C’est apercevoir les bâtiments qui touchent le ciel le temps de quelques jours, puis c’est observer dans le pays d’à côté les maisons à deux étages et leurs jolis escaliers.
C’est sourire aux expressions inconnues dans une langue que l’on connaît pourtant par coeur.
C’est passer de douces heures à manger des douceurs sucrées et épicées, avec un thé bien chaud au goût citrouillé.
C’est regarder la soie marquer la peau pour ne pas oublier comme c’est si différent ici et pourtant si familier.
C’est rêver à Noël qui s’en vient et mettre dans sa valise des présents pour les siens…
Enfin, c’est écrire là. Dans ce café au chaud, les flocons tapant contre la vitre, le thé fumant et le goût du gâteau aux carottes encore sur le bout de la langue. Et mes pas dans la neige pour y arriver, dans une marche lente et prudente pour ne surtout pas tomber. Décomposer le mouvement du pied, concentrée…

Capturer quelques images, quelques détails qui me feront sourire lorsque je les regarderai, rentrée à la maison, de l’autre côté de l’océan grand… C’est le re-franchir bientôt mais ne pas être trop pressée. C’est tenter de goûter chaque moment comme une crème… glacée.

19oct

Sous les toits du Studio Albatros

Sous les toits, écrire sur les toits…

Sous ce toit. Ce toit impressionnant, le regard en coin posé sur ces carreaux cassés par lesquels le vent s’engouffre.
Pas transparents mais presque, les nuages tout flou et le ciel qu’on devine à travers, qui bouge.
La taule qui craque, la bise qui siffle, quelques notes au loin et des voix sous les coups de marteau.
Et puis cette odeur ! Celle de la peinture fraîche qui monte lentement dans l’air et à la tête.
Partout des objets laissés là, avant de devenir autre chose. Ça déborde, ça dépasse et puis ça s’organise.
Chaque bruit résonne, monte jusqu’au toit, rebondit sur les parois et moi je les écoute puis je ne les entends plus.
Des mots dans mon carnet, petite mélodie, claquements de doigts et la voici toute timide, cette chanson que je chanterai ce soir… fragile.

Moi… j’écris sur les toits.

19sept

Merci !

Comme ils sont agréables ces premiers jours de septembre où l’on remonte ses manches, pose un premier pas décidé dans ce qui constitue notre rentrée, en se laissant griser par les projets qui s’annoncent…

J’ai toujours compté le temps en année scolaire. J’y vois un bon prétexte pour avoir deux moments dans l’année pour faire des résolutions, planifier tout un tas de choses et sauter dedans à pieds joints !

 

Mon année s’annonce belle et chargée, folle et pleine de rebondissements, de nouveautés, d’incertitudes, d’aventures à retardements, bercées par les tic tac d’attentes plus ou moins longues. J’en ai fait ma devise, brodée au creux de ma main, pour apprendre la patience tout en voyant plus loin.

Et puis comment mieux démarrer une rentrée qu’avec d’aussi belles choses à venir ? La sortie d’un ep dans à peine 620h (presque rien !) et puis ce clip que j’attendais tant…

À ce propos, il y a quelque chose que je dois, que je veux absolument faire ici. La liste sera longue mais c’est mérité… Je souhaite donc remercier toutes les personnes sans qui cette vidéo n’aurait pas existé :

Célia, Sabrina et Célisaby, Pierre B, Pierre K, Mark, Marine, Céline, Alexis et Raf, une équipe de choc pour un tournage de rêve.

Mais aussi les kissbankers qui, par leur aide financière, ont rendu cette petite entreprise possible :
Adèle, Alexia, Anne, Anne-Marie, Asha & Christophe, Audrey, Audrey R, Aurélien, Baptiste, Beate, Béatrice, Bernard, Brigitte & Henri, Camille Cerise, Carine, Carla, Catherine, Céline, Christine, Christophe, Clémence C, Clémence S, David M, David R, Didier & Maïté, Emilie, Emma, Louise, Stéphanie & Christophe, Emmanuelle H, Emmanuelle T, Eric, Fabrice & Céline, Fanny, Fanou, Florent, Gilles, Guéna, Guénnaëlle, Isa, Jean-Claude & Anne, Jean-Michel, Jef, Jérôme, Julie C, Julie G, Ju, Julien, Kevin, Kimi, Laurent, Loïc, Lucile, Marianne, Marie, Marine, Matthias, Mélanie, Michel, Nicolas, Nikita, Nina, Olivier, Patricia G, Patricia R, Philippe & Mara, Pierre, Pivoine, Rebecca, Régine, Thomas, Tonio et Maïté, Véro, Victoire, Vincent et Yolande.

Merci à eux…
Merci à vous !

Maintenant, c’est sûr, le meilleur est avenir !

31juil

Le soucis du détail

Il est des endroits où chaque détail compte.
Quelque soit l’endroit où le regard se pose, les yeux ne peuvent que découper les formes, observer les couleurs, les minuscules dessins, la courbe d’un pétale, l’écorce d’un arbre, la finesse d’une porcelaine.
Être.
Être dans l’un de ces endroits où il y a tant à voir, à voir et à entendre : le chant léger des oiseaux, le bourdonnement des insectes et parfois, dans le lointain, le soupir d’une voiture qui passe son chemin.
Et puis sentir, sentir l’herbe fraîchement tondue, sentir les roses du bouquet de la chambre et les odeurs de cuisine qui se répandent doucement.
M’assoir dans le jardin, fermer les yeux quand le soleil veut bien caresser mon visage, tourner la tête et deviner ce qui se cache derrière les rideaux tirés. Regarder autour, balayer l’espace, puis les rideaux de nouveau. Attendre qu’ils s’ouvrent…
Attendre ça passe si vite quand il y a tout à voir, tant à détailler et quand la mine démange, qu’elle ne sait pas quand et comment s’y prendre et par où commencer. Se détendre et laisser couler l’encre…

Se détendre et laisser couler.

11juil

Arpenter les rues…

Arpenter les rues, et le pays aussi !

Paris-Avignon
Avignon-Paris
Paris-La Rochelle
La Rochelle-Plougonvelin
Plougonvelin-Paris
Paris-Vassy
Vassy-Paris

Ne plus quitter sa valise, passer en courant d’air pour la vider, pour la remplir, changer de temps, du soleil à la pluie, changer de train, changer de lit, changer de lieu mais pas d’envies. Arpenter les rues des tracts à la main, faire face aux sourires et aux mines renfrognées, se rendre compte que oui, quelque part c’est l’été et apprécier chaque rayon, les jambes nues, chaussures ouvertes, les manches courtes même si c’est de courte durée, même si dans la prochaine valise le parapluie sera rangé. Mais il y aura des notes et des tonnes de visages et qu’importe les gouttes, moi les gouttes je m’en fiche ! Penser à la mer et puis au beurre salé, à la tente qui m’attend dans un jardin à découvrir et puis rêver à celui que je connais déjà, où chaque arbre m’appelle, grand toit où s’abriter, il peut faire beau, il peut grêler… j’y vais ! J’arpente les quais de gare de juillet qui défile, je laisse un peu Paris pour mieux y revenir. Je reviendrai bientôt y compléter mes mots mais avant je respire… mais avant je respire.

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